Jean-Luc GAILLARD

A la réfection, qu’est-ce qui serait le mieux pour laisser une empreinte de notre passage éphémère sur cette terre ? Les enfants, je vous l’accorde,  ils ont été prioritairement l’une de mes premières préoccupation et j’ai assumé la descendance. Mais malheureusement pour eux aussi cela ne dure qu’un temps. Alors comment triompher sur cette vie fugitive ? Je me suis rendu compte que, de la comédie et de la danse macabre de la vie humaine, il y avait une chose qui demeurait, qui survivait, l’œuvre artistique. Elle aussi périt bien un jour, elle est consumée, brisée. Mais tout de même elle survit à bien des vies humaines et continue, au-delà de l’instant qui passe.

 

 

Je me suis donc essayé en 1998, pour satisfaire ma curiosité et pour tester l’expression artistique qui, je le sentais, se développait chez moi au fil du temps. C’est ainsi que mes trois premières toiles à l’huile,  ont été réalisées : (La rouleuse de couscous, Nora At Brahim et la romantique cueillette). Après cette expérience sans prétention mais rassurante pour mon regard de néophyte, j’ai rangé mes pinceaux et il m'a fallu attendre que la vie familiale et professionnelle m’accord un peu plus de temps. C’est donc à l’heure de la retraite (début 2011), donc tardivement, et assez naturellement, que la peinture est devenue pour moi un moyen d’expression, un langage et une poésie toute personnelle qui fait surgir des messages enfouis à l’intérieur, qui se doivent libres et détachés de tout jugement.

Ce besoin, pour moi, de peindre est un bienfait, il évacue la médiocrité et le désenchantement du quotidien. C'est vraiment une plénitude, une forme de méditation, ou plutôt un recueillement ou jaillit une émotion que je laisse se dégager et que je transpose jusqu’au bout de mes pinceaux. Ainsi s’exprime ma langue intérieure où des brides de mon vécu s’affleurent et s’étirent.

Ce nouveau chemin m’apporte beaucoup malgré les difficultés techniques auxquelles je me heurte, encore à ce jour. Cette pratique me prouve qu’il faut être tenace, travailler sans cesse pour s’améliorer et que rien n’est vraiment acquis comme je le croyais.

Aujourd’hui j’ai pris confiance grâce à la bienveillance de Jean-François Courteaux qui m'a enseigné aux Beaux-Arts de la Ville de Paris de 2012 à 2015 et aux nombreux Amis peintres que je côtoie. Peindre pour moi est devenu un moyen d’évasion qui me sort de cette vie d’inactivité professionnelle, de garder un mode d’expression et de partage. J’aime que mes toiles soient vues, critiquées voir incomprises et dérangeantes.

Pour moi l’art doit être en mouvement, en effervescence et constamment remis en cause, je m’y emploie et espère de plus en plus surprendre. En tout cas je continue avec beaucoup d’enthousiasme et de plaisir à manipuler cette matière qu’est la peinture.